Celles : le Christ du Noir Mouton

Philippe Duponcheel

Illustration du livre : Celles : le Christ du Noir Mouton

Avec le soutien de la Commune de Celles via son Plan de Cohésion sociale, des Services du Cadre de Vie et le partenariat avec la Fondation Rurale de Wallonie, un groupement de plus d’une douzaine de citoyens d’un quartier d’Escanaffles s’est formé pour remettre à neuf le calvaire local dit « le Christ du Noir Mouton ». Depuis de nombreuses années et depuis le temps qu’on s’en souvienne, même s’il n’est pas répertorié, un calvaire trônait au croisement de la rue du Noir Mouton et de la rue Capon. Bien que situé sur un terrain communal, le lieu n’était plus entretenu et le temps a fait son œuvre. Voici l’histoire des démarches pour restaurer ce vieux calvaire, à l’initiative des habitants du quartier du Noir Mouton à Escanaffles (Celles) – Inauguration officielle du nouveau calvaire le 29 novembre 2025 et bénédiction le 23 mai 2026.

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  • Mon épouse, Françoise Vandenbussche, est issue d’une vieille famille d’Amougies alors que moi, je suis originaire de Mouscron et ne suis arrivé dans la région que via un travail de bénévolat au home l’Espoir de Russeignies, village limitrophe d’Amougies. En 1978, le journal régional, « Le Courrier de l’Escaut », soucieux de développer son ancrage local, contacta la commune de Mont-de-l’Enclus via son secrétaire communal, Robert Vandenbussche (1922-2015), mon oncle, pour trouver un « correspondant » ... Et me voilà bientôt embarqué dans cette tâche malgré ma formation plutôt scientifique : j’ai certes une scolarité classique (gréco-latine) mais celle-ci a débouché sur une licence en mathématiques à l’UCL ! Et, sur la lancée du journalisme local, quand l’échevine de la culture, Rosine Deraedt, en 1984, voulut créer un « Cercle d’histoire locale », m’en voilà bombardé secrétaire. Dès le départ, nous avons pu bénéficier de l’aide précieuse de deux historiens régionaux chevronnés, Jean-Marie Vlieghe (1938-2008), auteur d’un remarquable travail sur les procès de sorcellerie à Amougies-Russeignies, qui accepta de devenir notre premier président, et Albert Cambier (1922-2010), conservateur et responsable de la crypte de Renaix. « Tu verras, m’avait dit ce dernier, si tu t’intéresses à l’histoire locale, finalement chaque lieu où tu passes dans ton village, te racontera une histoire ». Il avait mille fois raison et le travail qui suit, en est le reflet. Bien que la fusion des communes date déjà de 1977, l’entité de Mont-de-l’Enclus n’a fait l’objet que de peu de publications spécifiques si l’on excepte les quelque 36 bulletins du Cercle d’histoire locale (soit près de 2.500 pages) et quelques textes que j’ai rédigés pour le livre sur la Province du Hainaut aux éditions Racine en 2009. Amougies a fait l’objet d’un livre publié à compte d’auteur par Guy Spillebeen, « Amougies, un Village, des Hommes, une Histoire » en 2011 et le bourgmestre, en 2019, a fait paraître un ouvrage intitulé « Découvrir Mont-de-l’Enclus » aux Editions Wapica, avec de magnifiques illustrations mais, hélas, aussi de nombreuses erreurs dans les commentaires. Une série de sept livres sont consacrés respectivement à Amougies, Anseroeul, Orroir, Russeignies, le mont de l’Enclus (c-à-d l’Enclus du Haut qui fait partie d’Orroir mais qui a été traité séparément en tant que site touristique principal), le domaine de Calmont et le bois de l’Enclus (het Kluisbos). Ceci est donc le dernier volet de la série : sa publication en a été postposée face à l'attente d'aménagements dans le bois côté wallon, projets finalement revus à la baisse par manque de subsidiation et toujours pas réalisés. A noter également deux publications sur des écrits de l’auteur flamand Stijn Streuvels qui s’est inspiré de l’histoire locale de Russeignies dans «De terechtstelling van een onschuldige » (L’exécution d’un innocent) et « De Blijde Dag » (Le Jour Heureux) et deux publications, l’une sur les princes locaux « Les Montmorency-Croisilles à Amougies-Russeignies » et l’autre, un ouvrage collectif consacré aux « Sorcières en Amougies-Russeignies au 17e siècle » Une autre série de quatre livres est également clôturée : elle est consacrée aux paroisses de l’entité de Mont-de-l’Enclus : la paroisse Saint-Brice d’Orroir, la paroisse Saint-Bavon d’Amougies, la paroisse Saint-Paul d’Anseroeul et la paroisse Saint-Amand de Russeignies. Une dernière série aura pour objet les "institutions" présentes dans l'entité. Un premier fascicule est déjà paru ; il est consacré à une institution d'Orroir : le "Home Emmaüs", autrefois "Pensionnat de la Sagesse" ou "l'Institut Saint-Joseph", aujourd'hui maison de repos "La Colline". Un second est en préparation ; il concerne une institution de Russeignies : le "Home l'Espoir", autrefois "le Couvent des Soeurs de la Miséricorde" ou "l'Institut Saint-Antoine" ou encore "les Colonies scolaires de Gand". Une autre série est consacrée aux portraits d'habitants "célèbres" de Mont-de-l'Enclus en commençant par Albert Willecomme, photographe et peintre à Orroir, témoin de l'histoire locale du 20e siècle et un deuxième portrait d'un personnage natif de Russeignies, un village qui vit naître nombre de personnages importants - qui l'eût cru ? - : Mgr Meerschaert (1847-1924) qui fut le premier évêque des Indiens d’Amérique. Le troisième livre de portraits est consacré à deux enfants de Russeignies, un missionnaire et un ophtalmologue qui ont tous deux vécus, loin de leur village natal, au XIXe siècle. Le quatrième livre de portraits est également consacré à deux enfants de Russeignies : un Sans-Culotte, Aimable Meuris, grâce à qui, selon Napoléon, la Révolution française fut sauvée (rien de moins !) et un général, Louis-Joseph Opsomer qui démarra sa carrière sous Louis XV et la termina comme général de brigade commandant d’artillerie de l’armée du Rhin, juste avant le Directoire. Deux portraits concernent la ville voisine, Renaix : celui du Père Philippe, natif de Renaix, rédemptoriste aux idées radicales (1874-1935) et celui de son contemporain, Diedrich Speckmann (1872-1938), un auteur allemand de romans qui fut caserné à Renaix en 1918. Un fascicule décrit le portrait de deux ecclésiastiques proches de l’Enclus, Mgr Ruysschaert et Mgr Descamps, et de trois nafits de Russeignies : Jean-Baptiste Dumoulin, Jean-Marie Vlieghe et l'abbé Philippe Tonneau. Après un ouvrage qui rend hommage à trois combattants pour la Patrie durant la Première Guerre mondiale, en lien avec Amougies, Russeignies et Orroir, et un récit de 8 parachutages qui eurent lieu en 1943, dans les environs du mont de l'Enclus, la série se clôture par le portrait d'Odon Van Pevenaege (1893-1917), habitant d'Anseroeul, grenadier-clairon durant la guerre 14-18, portrait rédigé à partir du journal qu'il a tenu sur le front de l'Yser. Après ces portraits, un tour d'horizon des "pionniers" du tourisme au mont de l'Enclus et de leurs successeurs puis un aperçu de l'évolution du rail entre Russeignies, Amougies et Orroir entre 1863 et 1962 ( et même dans les environs de Mont-de-l'Enclus), quatre ouvrages ont été consacrés aux légendes locales : la légende de l'ermite qui a recueilli un enfant princier, l'a baptisé en lui donnant son propre nom, l'a éduqué ... tellement bien qu'il devint le premier Forestier de Flandre et qu'il fonda les villes de Lille et Bruges, rien que ça !. ... sans oublier la légende des faux monnayeurs et même un roman sur la vie de l'ermite Liedericq. Nous débutons ici une série consacrée aux deux guerres mondiales avec un volet intitulé "Orroir, un lieu de mémoire", un volet intitulé "Mont-de-l'Enclus et sa région entre 1914 et 1918", un troisième volet à propos de la vie quotidienne sous l'Occupation entre 1940 et 1945 à Mont-de-l'Enclus et un quatrième volet qui fait un parallèle entre les deux grandes guerres mondiales à Mont-de-l'Enclus. Deux derniers volets sont consacrés à la Libération. Comme l’histoire ne s’arrête jamais, par la suite, quelqu’un prendra le relais et continuera probablement la tâche sur ces sujets ou sur d’autres. Merci d’avance à lui.

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  • Depuis le temps qu'on s'en souvienne, même s'il n'est pas répertorié, un calvaire trônait au croisement de la rue du Noir Mouton et de la rue Capon. Le lieu n'était plus entretenu et le temps a fait son œuvre. Ce calvaire avait pourtant toujours été au centre de la vie du quartier : "au calvaire, tu prends à droite…", "tu peux rouler à vélo jusqu'au calvaire mais pas plus loin", "rendez-vous au calvaire" (avant de partir à l'école… ou pour une rencontre entre amoureux). Mme Odette Sturbaut, 90 ans, doyenne du quartier, se souvient que sa maman mettait régulièrement en peinture ce Christ, que l'on priait pour se protéger de l'orage. "Faire quelque chose" En 2023 pourtant, le Christ du Noir Mouton était dans un état lamentable : il faisait peine à voir… il faisait même peur : ses bras étaient tombés, son crâne moisi présentait un large trou. Et un jour, le vent a eu raison de la croix et le Christ s'est retrouvé en morceaux dans le fossé… Devant la mauvaise image que donnait désormais l'endroit, les habitants du quartier avait eu l'impression d'avoir oublié leurs devoirs, pas seulement leur devoir de croyants s'ils l'étaient, mais aussi leur devoir de citoyens, le respect du patrimoine que leurs ancêtres leur avaient transmis. Aussi l'idée est née de "faire quelque chose" … mais comment ? Le hasard a voulu que, au Noir Mouton, quelqu'un a parlé de l'annonce d'un "budget participatif" discuté au conseil communal en juin 2023 pour des "projets émanant de comités de quartier". Ce fut alors comme une évidence : il "suffisait" de commencer… et l'accueil chez tous les riverains fut plus que positif : l'un parlait d'un banc (pour un moment de prière, un peu de repos pour les promeneurs très nombreux chaque jour ou un instant de contemplation de la vue magnifique sur l'Enclus en toute sérénité) ; l'autre parlait de remettre le terrain à nu et d'envisager des plantations pour embellir ce lieu envahi par la végétation. Le projet provoque des rencontres, des papotes, des échanges d'idées. Une sorte de solidarité prend naissance : on veut participer et on se promet de partager les nouvelles étapes, de faire ensemble les plantations, etc. Le projet avec des devis est déposé fin mars 2024 à la Commune. Une priorité : faire travailler les artisans locaux. Le 18 avril 2024, le projet reçoit l'accord du PCDR, et le 2 mai, le conseil communal le valide. Après un contact avec l'Évêché, on pense pouvoir trouver un autre Christ. Mme Myriam Ghys, présidente de la fabrique d'église, participe activement à ce projet mais, après de multiples recherches dans plusieurs diocèses, après avoir activé tous les contacts possibles, il faut se rendre à l'évidence : les recherches étaient vaines. Après un an, au hasard d'un contact avec le Velainois Michaël Masure, le projet change de direction : on s'oriente non plus vers un Christ mais vers la pose d'une tête de Christ en acier corten. Le quartier n'est pas inconnu à Michaël : ses grands-parents, M et Mme Germain Lotti, habitaient à moins de 50 mètres du Christ. De l'acier corten La réalisation avance petits pas par petits pas avec la pose d'un banc (sans dossier, comme au cimetière d'Escanaffles, atelier Metabois de Pol Henri Vandeputte de Celles), la confection de la croix (Brico D, Sébastien Deconinck de Celles), l'installation d'un panneau commémoratif (gravure Jean-Jacques Deries d'Arc Wattripont) et finalement la pose, début novembre 2025, de la tête du Christ par Michaël Masure (Aimons) de Velaines. Les plantations sont prises en charge par Dimitri Baert (Côté Jardin) de Velaines, avec une plantation participative afin d'avoir un espace fleuri, propre et agréable (qui privilégie le blanc, le rose et le mauve), sous l'œil vigilant des voisins participants qui ont tous la volonté de transmettre quelque chose de bien et de beau aux générations futures. Le projet a pu bénéficier de l'aide de la Commune et notamment de Margaux Verfaille pour le suivi du projet, de Marie Windels de la Cellule Environnement (pour l'enlèvement de la végétation qui montait jusqu'aux fils électriques), de Gregory Florent du Service Travaux pour la pose du béton pour la croix et le banc, etc. À noter qu'un apport de 50 % a été octroyé par la Région Wallonne. L'inauguration du lieu par les autorités communales et l'abbé Ruelle a eu lieu le samedi 29 novembre à 14 heures. L'ultime étape est l'embellissement du lieu par la végétalisation ; deux arbres de naissances seront également installés ce samedi lors du chantier participatif de plantation, au Calvaire du croisement de la rue Noir Mouton et de la rue Capron à Escanaffles, chantier qui se clôtura sur place par le verre de remerciements pour tous les intervenants. Une cérémonie à caractère religieux a quant à elle été organisée au printemps, le 23 mai 2026. Le lieu appartient désormais à tout un chacun, tout le monde, croyant ou non, étant invité à s'approprier l'espace. Des voisins s'investissent encore aujourd'hui et envisagent par exemple de mettre un éclairage (avec des panneaux solaires) à leur frais… personne n'y avait tout simplement pensé ! Aujourd'hui, chacun veut apporter sa pierre à l'édifice. Après des mois de recherches, d'espérances, de déceptions, de péripéties en tous genres, l'espoir de voir vivre l'esprit du quartier autour de ce calvaire devient concret… et le bilan n'est que positif.

  • Nombre de pages 48
    Langue french
    Type Livre imprimé en couleur
    Format A4
    Papier Papier standard
    Couverture Couverture souple
    Reliure Dos cousu (fil de lin)
    Lamination Brillant
    ISBN 978-2-8083-4401-2 9782808344012