Cinq versions de l'histoire de Liedericq

Philippe Duponcheel

Illustration of the book : Cinq versions de l'histoire de Liedericq

La version locale et rimée de la légende de Liedericq (cfr « Mont-de-l’Enclus et la légende de Liedericq ») tranche par sa pureté et sa simplicité. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les versions suivantes qui n’hésitent pas, parfois, à recourir à des éléments fantastiques : La version d’Alexandre Dumas (1842) semble très proche de la version de C. Michaels dans l’Echo de Renaix (1857) mais les éléments fantastiques diffèrent. La version d’Hippolyte Verly (1884) et la version de René Herval et Charles Brisson dans « Au pays des Beffrois et des moulins à vent » (« La vengeance de Lydéric » -1931) peuvent aussi être mises en parallèle mais diffèrent par bien des points. La version de J. Droomers (théâtrale - 1696) est « à part » : elle parle d’un ermite dans la forêt sans merci sans qu’il soit question d’y recueillir un bébé.

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  • Mon épouse, Françoise Vandenbussche, est issue d’une vieille famille d’Amougies alors que moi, je suis originaire de Mouscron et ne suis arrivé dans la région que via un travail de bénévolat au home l’Espoir de Russeignies, village limitrophe d’Amougies. En 1978, le journal régional, « Le Courrier de l’Escaut », soucieux de développer son ancrage local, contacta la commune de Mont-de-l’Enclus via son secrétaire communal, Robert Vandenbussche (1922-2015), mon oncle, pour trouver un « correspondant » ... Et me voilà bientôt embarqué dans cette tâche malgré ma formation plutôt scientifique : j’ai certes une scolarité classique (gréco-latine) mais celle-ci a débouché sur une licence en mathématiques à l’UCL ! Et, sur la lancée du journalisme local, quand l’échevine de la culture, Rosine Deraedt, en 1984, voulut créer un « Cercle d’histoire locale », m’en voilà bombardé secrétaire. Dès le départ, nous avons pu bénéficier de l’aide précieuse de deux historiens régionaux chevronnés, Jean-Marie Vlieghe (1938-2008), auteur d’un remarquable travail sur les procès de sorcellerie à Amougies-Russeignies, qui accepta de devenir notre premier président, et Albert Cambier (1922-2010), conservateur et responsable de la crypte de Renaix. « Tu verras, m’avait dit ce dernier, si tu t’intéresses à l’histoire locale, finalement chaque lieu où tu passes dans ton village, te racontera une histoire ». Il avait mille fois raison et le travail qui suit, en est le reflet. Bien que la fusion des communes date déjà de 1977, l’entité de Mont-de-l’Enclus n’a fait l’objet que de peu de publications spécifiques si l’on excepte les quelque 36 bulletins du Cercle d’histoire locale (soit près de 2.500 pages) et quelques textes que j’ai rédigés pour le livre sur la Province du Hainaut aux éditions Racine en 2009. Amougies a fait l’objet d’un livre publié à compte d’auteur par Guy Spillebeen, « Amougies, un Village, des Hommes, une Histoire » en 2011 et le bourgmestre, en 2019, a fait paraître un ouvrage intitulé « Découvrir Mont-de-l’Enclus » aux Editions Wapica, avec de magnifiques illustrations mais, hélas, aussi de nombreuses erreurs dans les commentaires. Une série de sept livres sont consacrés respectivement à Amougies, Anseroeul, Orroir, Russeignies, le mont de l’Enclus (c-à-d l’Enclus du Haut qui fait partie d’Orroir mais qui a été traité séparément en tant que site touristique principal), le domaine de Calmont et le bois de l’Enclus (het Kluisbos). Ceci est donc le dernier volet de la série : sa publication en a été postposée face à l'attente d'aménagements dans le bois côté wallon, projets finalement revus à la baisse par manque de subsidiation et toujours pas réalisés. A noter également deux publications sur des écrits de l’auteur flamand Stijn Streuvels qui s’est inspiré de l’histoire locale de Russeignies dans «De terechtstelling van een onschuldige » (L’exécution d’un innocent) et « De Blijde Dag » (Le Jour Heureux) et deux publications, l’une sur les princes locaux « Les Montmorency-Croisilles à Amougies-Russeignies » et l’autre, un ouvrage collectif consacré aux « Sorcières en Amougies-Russeignies au 17e siècle » Une autre série de quatre livres est également clôturée : elle est consacrée aux paroisses de l’entité de Mont-de-l’Enclus : la paroisse Saint-Brice d’Orroir, la paroisse Saint-Bavon d’Amougies, la paroisse Saint-Paul d’Anseroeul et la paroisse Saint-Amand de Russeignies. Une dernière série aura pour objet les "institutions" présentes dans l'entité. Un premier fascicule est déjà paru ; il est consacré à une institution d'Orroir : le "Home Emmaüs", autrefois "Pensionnat de la Sagesse" ou "l'Institut Saint-Joseph", aujourd'hui maison de repos "La Colline". Un second est en préparation ; il concerne une institution de Russeignies : le "Home l'Espoir", autrefois "le Couvent des Soeurs de la Miséricorde" ou "l'Institut Saint-Antoine" ou encore "les Colonies scolaires de Gand". Une autre série est consacrée aux portraits d'habitants "célèbres" de Mont-de-l'Enclus en commençant par Albert Willecomme, photographe et peintre à Orroir, témoin de l'histoire locale du 20e siècle et un deuxième portrait d'un personnage natif de Russeignies, un village qui vit naître nombre de personnages importants - qui l'eût cru ? - : Mgr Meerschaert (1847-1924) qui fut le premier évêque des Indiens d’Amérique. Le troisième livre de portraits est consacré à deux enfants de Russeignies, un missionnaire et un ophtalmologue qui ont tous deux vécus, loin de leur village natal, au XIXe siècle. Le quatrième livre de portraits est également consacré à deux enfants de Russeignies : un Sans-Culotte, Aimable Meuris, grâce à qui, selon Napoléon, la Révolution française fut sauvée (rien de moins !) et un général, Louis-Joseph Opsomer qui démarra sa carrière sous Louis XV et la termina comme général de brigade commandant d’artillerie de l’armée du Rhin, juste avant le Directoire. Deux portraits concernent la ville voisine, Renaix : celui du Père Philippe, natif de Renaix, rédemptoriste aux idées radicales (1874-1935) et celui de son contemporain, Diedrich Speckmann (1872-1938), un auteur allemand de romans qui fut caserné à Renaix en 1918. Un fascicule décrit le portrait de deux ecclésiastiques proches de l’Enclus, Mgr Ruysschaert et Mgr Descamps, et de trois nafits de Russeignies : Jean-Baptiste Dumoulin, Jean-Marie Vlieghe et l'abbé Philippe Tonneau. Après un ouvrage qui rend hommage à trois combattants pour la Patrie durant la Première Guerre mondiale, en lien avec Amougies, Russeignies et Orroir, et un récit de 8 parachutages qui eurent lieu en 1943, dans les environs du mont de l'Enclus, la série se clôture par le portrait d'Odon Van Pevenaege (1893-1917), habitant d'Anseroeul, grenadier-clairon durant la guerre 14-18, portrait rédigé à partir du journal qu'il a tenu sur le front de l'Yser. Après ces portraits, un tour d'horizon des "pionniers" du tourisme au mont de l'Enclus et de leurs successeurs puis un aperçu de l'évolution du rail entre Russeignies, Amougies et Orroir entre 1863 et 1962 ( et même dans les environs de Mont-de-l'Enclus), quatre ouvrages ont été consacrés aux légendes locales : la légende de l'ermite qui a recueilli un enfant princier, l'a baptisé en lui donnant son propre nom, l'a éduqué ... tellement bien qu'il devint le premier Forestier de Flandre et qu'il fonda les villes de Lille et Bruges, rien que ça !. ... sans oublier la légende des faux monnayeurs et même un roman sur la vie de l'ermite Liedericq. Nous débutons ici une série consacrée aux deux guerres mondiales avec un volet intitulé "Orroir, un lieu de mémoire", un volet intitulé "Mont-de-l'Enclus et sa région entre 1914 et 1918", un troisième volet à propos de la vie quotidienne sous l'Occupation entre 1940 et 1945 à Mont-de-l'Enclus et un quatrième volet qui fait un parallèle entre les deux grandes guerres mondiales à Mont-de-l'Enclus. Deux derniers volets sont consacrés à la Libération. Comme l’histoire ne s’arrête jamais, par la suite, quelqu’un prendra le relais et continuera probablement la tâche sur ces sujets ou sur d’autres. Merci d’avance à lui.

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  • Version d’Alexandre Dumas (1842) De grands auteurs n’ont pas hésité à développer la légende de Liedericq : Alexandre Dumas écrit « Les aventures de Lydéric » en 1842 avant de concevoir des récits plus connus comme « Les trois mousquetaires » et « Le Comte de Monte-Cristo » (1844), « La reine Margot » (1845) , « Le Chevalier de Maison-Rouge » ou « La Dame de Monsereau » (1846). Une version assez classique au départ mais où le bébé fait déjà partie du convoi. En ce qui concerne la vie de Lydéric devenu grand, le récit vire très vite au fantastique avec un dragon, un voyage dans les Highlands, les nains de Niedbelungen, un casque qui rend invisible, etc. Version de C. Michaels dans l’Echo de Renaix (1857) Une version très proche pour son début de la version qu’en a donné dès 1842 Alexandre Dumas mais qui ne se contente plus d’expliquer le nom Lydéric en référence au chant d’un rossignol mais parsème littéralement le récit d’interventions dudit rossignol. Et cette version se conclue par « Aussitôt que l’état de ses blessures le lui permit, Lydéric alla serrer dans ses bras le vénérable anachorète de la forêt. Comme l’âge et les infirmités du saint ermite ne lui permettaient plus d’habiter sa paisible retraite, il alla vivre auprès de celui dont il avait recueilli l’enfance et exerça jusqu’à sa mort les fonctions d’aumônier de Lydéric-le-Forestier. » Version de la tragicomédie de J. Droomers pour la première fois présentée par le théâtre de Bruges par les amateurs de la Poésie néerlandaise le 14 février 1696 Dans « Idonea, dochter van Lotharius, koning van Vrankryk, en Liederik de Buck, eersten forestier van Vlaenderen », le rôle de l’ermite Lydéric est très différent des autres versions que nous avons citées ; il ne recueille pas d’enfant mais intervient sur la scène du crime. Version d’Hippolyte Verly (1884) Une version assez classique au départ où la princesse n’accouche pas dans la forêt mais dans la cabane de l’ermite On y évoque le massacre dans la forêt, l'évasion de la princesse, la naissance du jeune prince, la fuite de la princesse avec l'enfant, le rapt qui l'a suivi et le martyre de la victime obligée de subir les lois outrageantes de son tyran ; on y raconte les soins, les fatigues de l’ermite. Dans cette version, l’ermite réussit à gagner le bord de la mer, à franchir le détroit sur une barque de pêcheur ; il arrive à la cour d'Essex où le roi Eric l'accueille de manière bienveillante et lui promet d'exécuter les volontés d'Émergarde en confiant à Lyderik, quand il aurait l'âge d'homme, le douloureux secret de sa naissance et des devoirs qu'elle lui imposait On évoque la triste vie que menait l'infortunée princesse au fond du burg sauvage, attendant pendant vingt années l'heure du châtiment et de la délivrance… délivrance qui arrive enfin après la victoire du jeune Lydéric après un combat singulier contre Finaert, « jugement de Dieu » accepté par le roi Dagobert lui-même : « Le roi avait été touché des infortunes de cette noble famille, autant que sa fille préférée, la brune Richilde, l'avait été de la grâce et de la beauté du jeune guerrier ». Version de René Herval et Charles Brisson (1931) La version parue dans le livre « Au pays des Beffrois et des moulins à vent » s’intitule « La vengeance de Lydéric ». Version au scénario très classique où l’accouchement d’Hermengarde se déroule dans l’ermitage comme dans la version d’Hippolyte Verly (1884). Dans cette version, pas de biche ou de chèvre pour nourrir l’enfant : l’ermite confie Lydéric à une pauvre femme des environs qui consent à le nourrir et à l’élever avec les siens. L’ermite assume pourtant son éducation et lui révèle ensuite quelle était son origine. Il lui conseille de passer en Angleterre (mais il n’y va pas lui-même) afin de se faire connaître du roi de ce pays, son parent. Là, le jeune Lydéric ne tarde pas à se distinguer au cours des incessants combats locaux. Son courage et sa beauté séduisent la fille du roi. Le jeune Lydéric, très amoureux, semble oublier un temps sa mère ; il faut attendre une trêve entre les royaumes hostiles pour qu’il finisse par se décider à retourner au pays des Francs, à se rendre à Soissons pour demander justice au roi Dagobert qui accepte d’organiser la confrontation entre Lydéric et Phinaert. Cette version se conclue en signalant que : « Les chroniqueurs flamands disent que Dagobert appela Lydéric à succéder à Phinaert dans la châtellenie du Buc. Ils nous apprennent aussi qu’Hermengarde fut délivrée par son fils après tant d’années de deuil et de servitude. Mais ils nous laissent ignorer l’accueil que réserva à son pupille le bon ermite de la Fontaine del Saulx et négligent même de nous dire si Lydéric épousa la belle princesse qu’il avait aimée en terre saxonne. Le second oubli, surtout est vraiment inexcusable. » … pas question donc ici de mariage entre Richilde, la fille du roi Dagobert, et Lydéric comme dans la version de Verly.

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    Language french
    Type Book printed in color
    Format A4
    Paper Standard paper
    Cover Soft cover
    Binding Sewn perfect binding (linen thread)
    Lamination Glossy
    ISBN 978-2-8083-4000-7 9782808340007